Communiqué de presse - Lesbian and Gay Pride Rouen 2010

Publié le par ARCHE 76

 

Depuis plus de 40 ans les différentes associations LGBT (lesbienne, gay, bi et trans) luttent pour l’égalité des droits entre homos et hétéros : dépénalisation de l’homosexualité en France en 1982 ; suppression par l’OMS de la liste des maladies mentales en 1991 ; PACS en 1999 ; mariage homo (Espagne, Pays-Bas, Norvège, Belgique, Suède, et tout récemment le 17 mai 2010 Portugal) et adoption (une poignée de pays, où les législations diffèrent)... Pourtant, beaucoup reste à faire, de nombreux droits restent à conquérir :

 

Droit à la mémoire

Le temps de l’oubli organisé de la mémoire des déportés homosexuels, à Rouen, est révolu. 

La 65ème cérémonie du souvenir de la déportation, célébrée le dimanche 25 avril dernier, aura été exceptionnelle à bien des titres. Outre le caractère historique du lieu, l’interprétation solennelle de la Marseillaise, et le grand nombre de personnes présentes, c’est bel et bien un hommage singulier et une reconnaissance officielle qui ont été rendus à tous les déportés y compris aux déportés pour motif d’homosexualité. 

Combattre l’homophobie d’hier et d’aujourd’hui : une cérémonie historique teintée d’émotion. 

Plus de quinze ans. C’est le temps long, trop long qu’il aura fallu pour obtenir, à Rouen, grâce au travail des associations LGBT, le droit d’être présent parmi les officiels, le droit de déposer une gerbe au nom “des déportés homosexuels”, le droit d’être cité. Bref, le droit de se souvenir qu’il y a plus de 65 ans, nos ami-e-s et aîné-e-s gays et lesbiennes étaient arrêté-es, torturé-es et soumis-es aux pires exactions du système nazi. Mais d'autres villes, d’autres cérémonies ne vivent pas la même situation. Le droit à la mémoire a fait un premier pas en avant, il doit maintenant s’imposer partout.

 

Droit à la citoyenneté

En France, la justice autorise, sous couvert de liberté d'expression, les propos homophobes du député UMP Vanneste qui affirme que l'homosexualité est « inférieure à l'hétérosexualité », ou bien que « c'est dangereux pour l'humanité ». C'est légitimer l'homophobie au quotidien, c’est enfermer des milliers de jeunes dans leur détresse et leur questionnement. 

Ici, au pays des Droits de l’Homme, les agressions se multiplient : N'oublions pas ce jeune qui fut brulé vif et laissé pour mort en forêt des Essarts à l'automne dernier. 

Et ailleurs ? Si 66 pays de tous les continents ont ratifié aux Nations Unies en 2008 la Déclaration des Droits Humains, soutenant les droits des personnes LGBTI, 7 pays punissent encore l’amour entre deux personnes de même sexe par la peine de mort. L’homosexualité reste illégale dans 80 autres pays. En Afrique, des campagnes médiatiques homophobes répétées contraignent les homos à vivre dans l’ombre voir à l’exil, alors même que leur homosexualité n’est pas reconnue comme un motif suffisant pour demander l’asile dans notre pays. Aujourd’hui des stewards homosexuels luttent pour ne plus être affectés sur des vols en direction de L'Iran. Nous demandons l'application réelle du droit d'asile pour les victimes d'actes homophobes, nous nous opposons au durcissement raciste et démagogique des politiques d'immigration qui restreint toujours plus l'accès au droit d'asile. Dans le cadre des procédures de PACS, nous demandons que soit prise en compte la dimension de nos amours pour les couples binationaux, afin d'accéder aux autorisations de séjour et de travail, et le droit au visa pour les couples qui se constituent à l’étranger.

 

Droit à la santé

Près de 30 ans de luttes contre le SIDA ont permis la promotion des outils de prévention, dont le préservatif. Nous condamnons les propos irresponsables du Pape sur l'usage de la capote. Nous manifestons nos inquiétudes face aux incidences de ce discours en terme d'épidémie sur les populations de tous les continents, en particulier en Afrique. Nous condamnons également les récentes déclarations du Vatican qui lient homosexualité et pédophilie. 

Aujourd’hui, alors que les besoins en sang sont chaque jour plus importants, les homosexuels sont privés du droit du don du sang. Nous demandons la fin de cet amalgame entre homosexualité et séropositivité. 

 

Droit à l'égalité réelle

Nous voulons être libres dans nos sexualités, nos choix, ou nos amours, être reconnu-e-s, accceptée-s dans notre diversité, pour ne plus être des citoyen-ne-s au rabais. 

Nous exigeons l'égalité des droits, en terme de mariage, d'homoparentalité, de Procréation médicalement assistée, d'adoption, de filiation. 

Trop souvent laissés à la porte de l’ascenseur social, rejetés par leur famille, de plus en plus de jeunes homos ont recours à la prostitution ou au suicide (un quart des tentatives de suicide chez les adolescents serait lié à l’homosexualité), qui ne constituent en rien des solutions : voici pourquoi il est urgent de garantir à tous et à toutes les mêmes droits. On ne peut plus apporter comme seules réponses à un malaise social prostitution, conduites additives et attitudes suicidaires. Ecoute, conseils et aides sont des droits exigibles pour tous. La lutte contre l’homophobie de l’école aux bancs de l’Assemblée Nationale est une nécessité pour garantir l’égalité des droits. Couples mariés, pacsés, concubins, ou célibataires : nous exigeons L'égalité entre les différents statuts fiscaux. 

Au-delà des droits c'est tout un système, imposé dès le plus jeune âge par l'éducation et la pression sociale, dans la famille ou le milieu professionnel, qu'il faut remettre en cause. Un système que subissent violemment les trans, interdit-e-s de changer d'état civil à moins d'avoir subi une chirurgie génitale, donc d'être stérilisé-e-s. Cette même vision binaire et essentialiste du genre conduit à la mutilation des personnes intersexes dès leur naissance pour les faire rentrer dans la norme. Contre cela nous demandons la dépathologisation des trans ainsi que le droit à disposer de son corps et à l'autodétermination !

 

Droit à la citoyenneté, à la justice, à la santé, à l’amour…

 C’est autant de combat que nous devons encore gagner. L’ambition de cette lesbian & gaypride est de réveiller nos dirigeants pour leur rappeler l’urgence de cette situation et de briser les schémas qui nous sont imposés, avoir la possibilité de s'en émanciper, sans craintes, sans préjugés, sans entrave. En couple ou non, seul-e ou à plusieurs, avec ou sans enfants... sans l'impératif de se définir, ni dans sa sexualité, ni dans son genre.

 

gaypride

 

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